Je me rends donc à la poste, enfin pardon, à la Banque Postale, non loin de mon logis. Autant parfois les noms ne collent pas parfaitement à certaines enseignes, autant pour eux je trouve que le terme "Banque Postale" en remplacement de la Poste leur va comme un gant, voire comme une moufle. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais on se sent presque con quand on y entre pour simplement poster un courrier ou un colis.

Je me trouvais juste derrière une dame. L'avantage de certains bureaux de poste fait que l'exiguïté du local offre une très grande convivialité. La relation avec le guichetier est tout sauf discrète.

Tout d'abord la cliente souhaitait effectuer un virement sur le compte de sa mère qui habite en Vendée et qui avait été victime de la tempête Xsara, ou Xantia, enfin bref, sûrement une tempête baptisée par un ancien mécano de chez Citroën devenu ingénieur chez Météo France car ça ressemblait vraiment à un nom de bagnole.
Je vous passe les remarques bouleversantes et pertinentes de la guichetière à base de "oh bin oui quand même elle a eu de la chance dans son malheur", "tant que c'est matériel ça va" ou encore "et quel age que ça lui fait à vot'manman ?", ou bien "mais elle a bien des voisins qui peuvent l'aider la bas ?". Le problème de la guichetière ou du fonctionnaire de base est qu'à l'inverse d'un ordinateur, il ou elle n'est pas multitâches. Pour employer le terme "multitâches" à l'égard de l'administration il faut regrouper plusieurs fonctionnaires dans une pièce. Et dans ce cas vous avez une définition parfaite du terme multi taches.

Bref, pendant qu'elle causait des malheurs du monde en Vendée, elle n'avançait pas sur autre chose.

Soudain un éclair de professionnalisme lui traverse l'esprit et semble activer son neurone. Ciel, le virement ! Mais bon, ça ne se fait pas aussi simplement que ça à la Poste. Il faut montrer patte blanche. La cliente donne donc sa pièce d'identité. Mais ça ne suffit pas, il faut aussi la pièce d'identité de la personne qui va recevoir le virement. Encore une chance qu'elle avait une photocopie de la carte d'identité de mamie dans son sac à mains sinon elle était bonne pour retourner la chercher chez elle en laissant tout le monde dans la mouise. La guichetière procède donc au virement. Et la je me dis ouf, mais je n'étais pas au bout de mes peines.

Mission numéro 2 : elle souhaitait retirer de l'argent sur le fameux compte de sa mère. Alors là attention c'est une autre limonade. Il va vous falloir une procuration lui lance la guichetière. La cliente de répondre qu'il n'y a aucun soucis car elle a justement fait une procuration à la poste de je ne sais ou. Ah mais oui mais il est la le problème, ici vous êtes à la poste de machin, pas à la poste de bidule, et les procurations de la poste de bidule ne sont pas valables à la poste de machin. Arggggghhhhh. Et moi qui pensait connaitre la définition du mot réseau, il semble que la Poste dispose de son propre dictionnaire. Dans un élan de solidarité à l'encontre de la petite dame et de mamie Vendée, elle décide de prendre le gigantesque risque d'engager sa responsabilité, de mettre en péril toute une carrière et d'effectuer la transaction malgré le manque évident de documents fournis par la cliente. D'ailleurs elle ne manque pas de lui rappeler en nous gratifiant d'un "bon aller je prends le risque et je fais le retrait". Ouahhh, avec ça si elle ne reçoit pas la médaille du mérite c'est à ne plus rien y comprendre.
Moi ce que je trouve inadmissible dans ce genre de situation c'est le jemenfoutisme des clients quand ils viennent à la poste. Vous en verrez très peu avec leurs archives personnelles des 10 dernières années. Et pourtant pour faire un retrait ou un virement c'est la moindre des politesses que de venir avec les documents nécessaires, non ? Ah si les gens étaient un peu plus consciencieux, il y aurait moins d'attente aux guichets. Tout fout le camp.

Cette fois je me dis re ouf. Mais non.

Mission numéro 3 : la cliente souhaite à présent retirer de l'argent sur son compte. Bon la, trop fastoche pour la guichetière, une pièce d'identité suffit et le tour est joué. Sauf que la dame avait rangé bien sagement tous ses papiers dans son portefeuille après la transaction précédente. Donc après avoir retourné son sac à main pour la 147è fois, elle fournie enfin sa carte d'identité. Et hop, 90 euros dans la poche.

Ca y est mon petit Emmanuel, tu tiens le bon bout. Re re ouf. Mais re re non !

Mission numéro 4, le niveau bonus : à présent la dame se dit, tiens mais je suis à la Poste, et si pour la déconne je demandais des timbres. Banco. Elle demande un carnet de timbres. Et la bien sur en face, on lui propose des enveloppes pré timbrées. C'est curieux cette maladie des guichetiers de la Poste, vous dites "timbres" et ils comprennent "enveloppes pré timbrées". C'est vraiment étrange. Bref, elle insiste pour n'avoir que des timbres.

Cette fois ci c'est la bonne. Elle range toutes ses petites affaires dans son sac à main. Après un dernier regard de cocker triste de la guichetière et une dernière salve de remarques pertinentes et compatissantes à base de "oh bin oui quand même elle a eu de la chance dans son malheur", "tant que c'est matériel ça va" ou encore "et quel age que ça lui fait à vot'manman ?", ou bien "mais elle a bien des voisins qui peuvent l'aider la bas ?", elle s'en va.

Me laissant le champ libre après tout de même 20 bonnes minutes d'attente.

Attention je ne parle pas d'un bureau de Poste dans le 7ème arrondissement de Paris mais d'un bureau de poste d'une commune de 1000 habitants, avec tout son charme à commencer par cette odeur suave qui pique délicatement les narines dès le matin à base de sueur et de renfermé.

Je m'approche du guichet et me fend d'un "Excusez moi, je vais peut être avoir l'air idiot, mais je viens juste pour poster un colis". De toute évidence, l'humour au deuxième degré et d'ailleurs l'humour de manière générale n'est pas le fort du personnel de la poste. Le monsieur derrière moi a ri. Je me suis senti moins seul.

En règle générale dans ce genre de situation je sors mon iPhone et je bidouille dessus. Mais la, je sentais que j'étais en train de vivre un grand moment.

Ah il y a des jours ou on regrette qu'ils ne soient pas en grève, voire même qu'ils n'imitent pas leurs collègues de chez France Telecom.